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Bizuts or not bizuts , sept. 98, Elodie Masson

Par Jérôme Mermet Le 27 décembre 2006 301 lectures

Bizuts or not bizuts , sept. 98, Elodie Masson

Voici venu le temps des rentrées scolaires et pour certaines écoles, celui des bizutages. Ces derniers relèveront bientôt de l’histoire puisque mis hors la loi avec la circulaire du 12/9/97. Elodie Masson, 20 ans, nous livre son expérience vécue au lycée François 1er à Fontainebleau.

Le bizutage, chacun en a déjà entendu parler, certains même l’on vécu comme moi. Je l’ai connu à mon entrée en classes préparatoires biologie à Fontainebleau après le bac.

Ce fut tout d’abord en tant que bizutée. L’accueil réservé à mes camarades de première année et à moi même fut le suivant : nous avons été pris en charge pendant les trois ou quatre jours suivant notre rentrée, par les " deuxième année ". Cet encadrement consistait notamment à nous accompagner dans la ville, recouverts d’œufs et de farine, pour vendre des feuilles de papier wc (la récolte d’argent servant à alimenter " la caisse Agro " dont nous disposions dans l’année pour financer fêtes ou divers achats, seule action utile de notre bizutage !). Nous avons également effectué une promenade dans la forêt de Fontainebleau, ponctuée de différents " jeux ", comme par exemple faire une course par groupe de dix, tous scotchés. La dernière soirée devait nous faire passer du stade de bizut à celui d’Agro 1. Après une longue marche de nuit dans la forêt, agrémentée de jeux à connotation plus ou moins sexuelle, nous arrivâmes dans une grotte aménagée par les bizuteurs. Nous y avons reçu notre surnom de bizut et embrassé la langue de " Bébert " (tête de cochon fraîchement coupée). Les filles ont également réalisé la " cuvée Agro " en pressant, les yeux bandés, une grappe de raisins dans le slip de leur camarade garçon (dommage pour eux, les filles étant bien plus nombreuses, certains ont eu droit à un deuxième passage !). Enfin, le clou de la soirée consistait à boire une soupe dont la composition était tenue secrète mais nous soupçonnions la présence de bleu de méthylène, d’appât à poissons ainsi que d’ yeux de bœufs et de lombrics flottant çà et là. La soirée se terminait par un pique-nique préparé par les bizuteurs autour d’un feu de bois. Ce bizutage s’est dans l’ensemble bien passé et certains bizuts semblaient même s’y amuser beaucoup, nos bizuteurs n’étant pas des bourreaux et tout cela n’étant au fond pas bien méchant même si on s’en passerait volontiers. Pour ma part, il n’a permis que de créer quelques souvenirs communs dont on se rappelle aujourd’hui en plaisantant. Peut être aussi qu’il contribue à forger le caractère. Je n’y ai pris en tous cas aucun plaisir ni en tant que bizut ni en tant que bizuteur.

L’année suivante, à mon tour, j’ai participé au bizutage des nouveaux arrivants ; disons plutôt que j’y étais présente avec mes camarades, peu activement, et plutôt pour prendre le parti des bizutés. La cérémonie s’est déroulée quasi à l’identique des années précédentes, seulement les circonstances étaient différentes : la lutte contre le bizutage devenait plus que d’actualité. Les problèmes ont commencé pour nous quand " une première année " a fait paraître un article dans un journal local où elle se présentait humiliée, atteinte dans sa dignité, comme la victime d’un affreux bizutage commis par d’affreux bizuteurs ; évidemment, nous ne nous reconnaissions pas du tout dans cet article où chaque fait était amplifié, déformé, orienté. Nous avons encore aujourd’hui beaucoup de mal à imaginer que cette jeune fille ait été traumatisée au point de prendre spontanément l’initiative de faire paraître cet article. Je ne me sentais pas particulièrement mûre et forte lorsque je fus bizutée, mais je n’ai pourtant pas été traumatisée. Toujours est-il que le proviseur, sans doute pour se protéger, s’est senti obligé de prendre des mesures contre nous qui ont bien perturbé notre début d’année : lettre aux parents nous faisant passer pour de véritables tortionnaires, ersatz de conseil de discipline destiné à nous impressionner et à nous faire prendre conscience de la gravité de la situation et enfin menace d’enquête policière qui n’a finalement pas eu de suites ( quelle démesure !). Il faut dire que le proviseur s ‘attaquait ici à un bizutage contre lequel il n’avait rien fait pendant des années alors qu’il en avait connaissance et que par ailleurs, il passait sous silence

le bizutage réellement humiliant d’une autre classe prépa de l’établissement.

Je pense que, d’une manière générale, la répression contre le bizutage devrait atteindre en priorité ceux qui, dans certaines écoles, sont véritablement graves et dangereux.

Toute cette histoire s’est finalement étouffée...jusqu ‘à l’année suivante peut-être. J’espère plutôt qu’elle aura au moins servi aux futurs " deuxième année " et qu’ils sauront faire évoluer le bizutage. Je ne suis en effet pas pour celui-ci, en tous cas sous sa forme actuelle, mais pour un bizutage qui n’en serait plus vraiment un, plus intelligent et plus amical. Je pense que rien ne sert de le perpétuer au nom de la tradition si celle-ci est mauvaise. Il n’a pas ou n’a plus à mon sens, la vocation qu’il devrait avoir, c’est à dire permettre de créer des liens à la fois entre bizuts mais aussi entre bizuts et bizuteurs, et aussi de s’intégrer plus facilement dans un nouvel environnement. Il devrait pour cela être transformé, comme il l’a déjà été dans certains endroits, en rassemblements, en fêtes, destinés à faire connaissance ou en actions utiles à la collectivité comme le nettoyage de la nature, particulièrement chez les Agros.