Accueil

Accueil > Actualités > TROIS QUESTIONS A... Gérard Mermet

TROIS QUESTIONS A... Gérard Mermet

Par Jérôme Mermet Le 1er mai 2002 57 lectures

TROIS QUESTIONS A... Gérard Mermet

"L’ère de l’Homozappens" (05.07)


Gérard Mermet est sociologue et auteur de "Francoscopie" (Larousse).


Propos recueillis par Pascaline Verdun



Quels sont les grands enseignements de cette première étude, deux ans après le dernier recensement ?

- Elle confirme essentiellement des grands mouvements démographiques, sociologiques et économiques déjà visibles lors du dernier recensement. La proportion de personnes vivant seules par rapport aux années 60 est énorme. Une transformation du mode de vie surtout due à l’accroissement de l’espérance de vie.
Et puis surtout, c’est le paysage professionnel dans son ensemble qui se transforme. Déjà, avec une part croissante de l’activité féminine. On revient au niveau d’activité des femmes dans les années 20, alors qu’il avait considérablement baissé avec le développement de la femme au foyer. Et puis, on assiste à une redistribution des métiers au profit des activités de service. Aujourd’hui, on ne peut plus parler de classe ouvrière, ni de classe paysanne, elles ont quasiment disparu.


Comment expliquez-vous l’augmentation du nombre de célibataires et de foyers monoparentaux ?

- Majoritairement, les personnes vivant seules sont soit les jeunes soit les retraités. Pour les gens âgés, ce phénomène est dû au fait que la femme a une durée de vie plus longue que l’homme. Après 75 ans, il y a beaucoup de veuves. C’est un fait non voulu. Alors que pour les jeunes, ce mode de vie est un choix. D’abord la mise en couple se fait de plus en plus tard, alors nombreux sont ceux, pour des raisons évidentes d’indépendance, qui emménagent seuls avant. Et puis, le phénomène de non-cohabitation, apparu à cette fin de siècle, joue pour beaucoup. Un couple n’habite pas forcément ensemble, pendant une période donnée. Un fait souvent lié aux contraintes professionnelles, deux fois plus importantes qu’avant puisqu’en général les deux travaillent. Ce mode de vie est facilité par les 35 heures (week-ends plus longs) et aussi par le développement des moyens de transport qui permettent de se déplacer de plus en plus rapidement. Enfin, il existe un dernier phénomène, quoique beaucoup plus marginal : la décohabitation. Ceux qui s’aperçoivent qu’ils ne peuvent pas vivre ensemble se séparent matériellement.


Quelles sont les grandes lignes de l’évolution de la famille et du mode de vie de chacun ?

- La vie de chacun va être de plus en plus faite d’une succession de vies différentes, que ce soit sur le plan sentimental ou professionnel. On va vers une plus grande mobilité. Parce qu’on vit en général plus longtemps et que notre environnement matériel est lui aussi de plus en plus mobile. On entre dans l’ère des "Homozappens", zapping d’une vie à l’autre. Il n’y aura plus de grand modèle. La volonté de chacun de réussir sa propre vie rend plus difficile celle de réussir sa vie familiale. Quand ça ne fonctionne plus avec l’autre, les gens n’hésitent plus à se séparer.