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profession peigneur de chanvre , nov 99, N. Masson

Par Jérôme Mermet Le 27 décembre 2006 453 lectures

profession peigneur de chanvre , nov 99, N. Masson

Nos ancêtres furent à une certaine époque (de 1750 à 1827) peigneurs de chanvre, au début venant des montagnes du Bugey pour exercer ce métier en Lorraine pendant les mois d’automne et d’hiver, pour finalement s’y installer (voir notre article dans journal n° 2).
Si la production du chanvre est aujourd’hui devenue marginale et hautement contrôlée, elle était au contraire autrefois un élément important de l’économie nationale car cette plante servait à de multiples usages (vêtements, matelas, cordages, éclairage, papier.....). Les métiers autour du chanvre étaient donc nombreux et le peigneur de chanvre s’intégrait dans une chaîne de travail qui commence du semeur pour se terminer au tisserand, voire du tailleur d’habit pour la partie habillement.
Pratiquement, chaque famille possédait sa chènevière (champs où pousse le chanvre), proche de la maison, dans un bon terrain enrichi de fumier On semait en avril-mai et les semis étaient placés (jusqu’à l’apparition des jeunes pousses) sous la surveillance d’enfants chargés d’éloigner les oiseaux. On distinguait alors les plans mâles dont les fleurs en grappes contenaient le pollen et les plantes femelles aux fleurs disposées en épis qui produisaient les fraines. Au moment de la récolte, les plantes avaient atteint une hauteur allant de 1,60 à 2,30 m environ selon la qualité et l’exposition du terrain. La récolte se faisait fin juillet pour les plants mâles et début septembre pour les plants femelles moins hauts. Les tiges coupées à la serpette étaient groupées en gerbes pour subir une série d’opérations successives décrites ci-dessous :

Récupération de la fraine : après avoir coupé le sommet des gerbes contenant les graines, on les battait au fléau, instrument à battre les céréales composé de 2 bâtons. On faisait ainsi provision de la semence future et le surplus, après écrasement au moulin, fournissait une huile comestible très utilisée pour les assaisonnements mais aussi pour l’éclairage, dans les lampes à huile.

Le Rouissage : les gerbes ainsi écourtées étaient ensuite immergées dans des trous d’eau, ou des mares également appelées roises, pour ramollir les tiges jusqu’au moment où la filasse se détachait facilement de la tige. Cette immersion, qui durait de 10 jours à 3 semaines selon la température de l’eau (plus l’eau était froide, plus le rouissage était rapide) avait pour effet d’isoler les fibres (la filasse) de l’écorce de la tige, la matière gommeuse qui soudait l’ensemble s’étant décomposée. Une désagréable odeur de pourriture sévissait alors dans tout le voisinage immédiat.

Un témoignage encore bien visible de ces opérations de rouissage, existe à Lucey près de Toul : “ le jardin des roises ” dont l’existence nous a été signalée par Kevin Rousselet, arrière arrière arrière arrière arrière petit fils de notre aïeul Peigneur de chanvre, Claude Mermet. Ce site visible, consiste en un terrain boisé à la sortie de Lucey, traversé par un petit ruisseau et comprenant une trentaine de trous alignés et encore remplis d’eau
Le Teillage : les gerbes rouies étaient alors reprises, mises à sécher longuement afin que les femmes et les enfants procèdent au teillage, opération destinée à éliminer le bois résiduel ligneux appelé chénevotte et à conserver la partie utile : la filasse.

Le Peignage : par cette opération très malsaine du fait de la poussière épaisse qu’elle dégageait, on obtenait la filasse peignée qui permettait l’élaboration du fil destiné au tissage, le résidu s’appelait l’étoupe. Le travail était celui des peigneurs de chanvre, souvent des immigrants , qui allaient de ferme en ferme, de village en village en fonction de la clientèle portant à l’épaule leurs jeux de peignes. Il arrivait que certains se fixent sur place, en se mariant avec un fille du pays, mais beaucoup mouraient jeunes suite à des maladies pulmonaires causées par la poussière desséchante dans laquelle ils travaillaient. Peut être est-ce là l’origine dune certaine fragilité pulmonaire que l’on constate chez un certain nombre de descendants Mermet de Lorraine.
Deux sortes de peignes étaient utilisés : le peigne à défossoir muni de 182 clous sur lequel le peigneur tirait vers lui le chanvre à traiter, puis le peigne à affiner qui lui, comptait 345 dents.

Le Filage : la filasse ainsi peignée, pouvait être mise en poignées faisant chacune la charge d’une quenouille grâce à laquelle les femmes, avec pour accessoire le fuseau, élaboraient le fil. Le fil ainsi obtenu était destiné à la fabrication de la toile nécessaire aux besoins de la famille, le surplus étant vendu sur les foires. Il y avait trois types d’utilisation :
Le chanvre grossier : avec le quel on tissait les toiles pour torchons et sacs. Le chanvre le plus grossier était destiné aux cordiers.
Le chanvre moyen avec lequel on tissait les toiles pour draps, linges et chemises ordinaires.
Le chanvre fin avec lequel on tissait les toiles pour chemises et linges plus soignés.

Avant que le fil soit enfin apte au tissage, il fallait l’adoucir : après l’avoir lavé et battu dans une eau naturelle, on le mettait dans un cuvier pour le faire bouillir pendant une journée ; puis de nouveau le fil était porté à la rivière et battu jusqu’à ce qu’il rende une eau claire. Après séchage, le fil était enfin prêt pour le tissage.

Toutes ces opérations traditionnelles sont encore faites aujourd’hui par l’industrie du chanvre mais sous une forme mécanisée ; ainsi la peigneuse mécanique a t-elle remplacée le peigne à clous. Le Claude n’en reviendrait pas……

(1) Quenouille : petit bâton garni en haut d’une matière textile que les femmes filaient en la dévidant au moyen du fuseau ou du rouet.
(2) Fuseau : petit instrument en bois renflé au milieu et pointu aux extrémités qui sert à tordre et à enrouler le fil.